«…Le grand mérite de l’ouvrage d’Emmanuel EVAH-MANGA, et ce qui fait son originalité, c’est
qu’il étudie méthodiquement à quelles conditions, sous quelles formes, selon quelles
modalités, le concept de contrôle de gestion peut s’appliquer aux collectivités territoriales.
Comme il l’explique très bien, il ne saurait s’agir d’un «placage», c’est-à-dire de
la pure et simple transposition des méthodes qui ont fait leurs preuves dans les entreprises
à la réalité concrète des collectivités territoriales.
Car les collectivités territoriales ont de fortes spécificités. Elles sont conduites par les
élus, et dans le cas des communes, il y a un maire, des adjoints, des conseillers municipaux.
Il y a aussi une administration ou plus précisément une série de services, administratifs,
techniques, culturels, etc. dirigés par un directeur général des services, une direction
générale, des directeurs de services, etc. dans les grandes ou moyennes villes, le maire a
autour de lui un cabinet. Et l’on voit déjà, pour ne s’en tenir qu’aux communes, la
singularité de la nécessaire articulation entre le pouvoir du maire, celui des autres élus,
les prérogatives du directeur général des services et de toutes les équipes qu’il dirige et
du cabinet. Seconde spécificité: les collectivités territoriales…font vivre la cité, elles
gèrent le bien commun des citoyens en fonction du mandat que ceux-ci ont donné à leurs élus.
Il ne s’agit pas seulement de «processus». L’essentiel, dans une entreprise, ce sont les
êtres humains qui la font vivre et sans laquelle elle n’existerait pas… il n’y a pas de
ressources humaines comme il y aurait de la ressource maternelle. Non: il y a des
personnes, des salariés, des citoyens!
C’est dire que le contrôle de gestion doit être repensé pour correspondre à la réalité très
particulière des collectivités territoriales. C’est l’objet et l’intérêt des
travaux d’Emmanuel EVAH-MANGA. Un dernier mot. Le contrôle de gestion n’est pas
une sorte d’ «inspection des travaux finis». C’est une démarche de tous les instants qui
vise pour toutes les parties de l’organisation, tout le processus de prise de décision, à
débusquer les pertes de temps et l’argent, les lourdeurs inutiles, les opacités pénalisantes,
et donc, au total, à atteindre à la meilleure efficacité possible et à rendre le meilleur service possible.
Il ne s’agit pas de faire des économies pour faire des économies, d’instaurer la rigueur par
idéologie. Non, il s’agit simplement de mieux utiliser l’argent public qui est le bien
commun de tous. Et plus encore, il s’agit de faire en sorte que les agents
territoriaux – car l’humain est, là encore, prioritaire – accomplissent au mieux leur noble
et irremplaçable mission de service public.»
Jean-Pierre SUEUR
Sénateur du Loiret
Président de la commission des lois au Sénat
Ancien ministre
Ancien maire d'Orléans